La bleuetière comme modèle d’exportation
Les producteurs du Lac-Saint-Jean vendent désormais plus de la moitié de leur récolte hors du Canada. Le virage a pris dix ans et deux mauvaises saisons.
La première caisse est partie en 2016, presque par accident : un acheteur japonais de passage à Alma avait goûté au produit congelé et demandé un prix. Personne, ce jour-là, n’avait de prix à lui donner.
Dix ans plus tard, cinquante-quatre pour cent de la récolte régionale quitte le pays. La proportion était de neuf pour cent avant la première commande.
Ce que le virage a coûté
Deux saisons, d’abord. Celle de 2019, où le gel de la mi-juin a emporté le tiers des champs, et celle de 2021, où le conteneur est resté six semaines au port sans que personne ne sache à qui téléphoner.
Puis une manière de travailler. Exporter suppose un calibre constant, une traçabilité par parcelle et des analyses que le marché intérieur n’exigeait pas. Les petits producteurs ont dû se regrouper ou renoncer ; onze l’ont fait, quatre ont renoncé.
On a arrêté de vendre du bleuet. On vend une garantie, et le bleuet vient avec.
Un producteur de Saint-Félicien
Le modèle intéresse maintenant d’autres filières. La chambre de commerce régionale a reçu quatre délégations cette année — canneberge, sirop, petits fruits nordiques — venues poser les mêmes questions.
La réponse qu’on leur donne est toujours la même, et elle n’est pas commode : le premier contrat ne rapporte rien, le deuxième non plus, et c’est au troisième que l’on sait si l’on a bien fait.
La récolte de cette année s’annonce forte. Les contrats, eux, sont signés depuis février.
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